Le paysage audiovisuel français vit une transformation majeure en ce début d’été 2026. Face à la saturation du marché des abonnements payants et à une inflation continue des tarifs, les utilisateurs se tournent massivement vers les services de streaming gratuit, redéfinissant l’économie de l’audiovisuel hexagonal.
L’explosion du streaming sans abonnement
En 2025, la moyenne atteint déjà 5 services utilisés par personne, et la tendance se renforce en 2026, avec 93 % des adultes accédant à au moins un service gratuit, tandis que 83 % conservent aussi au moins un abonnement payant pour des contenus exclusifs. Cette dualité ne doit tromper personne : le gratuit n’est plus une option marginale, il devient structurant.
L’offre gratuite s’est structurée et repose sur des modèles économiques variés : FAST, AVOD, service public, hybrides. Ces trois lettres cachent une réalité bien française. Tandis que les géants mondiaux Netflix, Prime Video et Disney+ accumulent des millions d’abonnés payants, les acteurs français repensent leur modèle.
france.tv et TF1+ redessinent la carte
Plateforme de France Télévisions, france.tv occupe une place centrale dans l’écosystème gratuit en France. En 2025, le service atteint 46,6 millions de visiteurs uniques, en progression d’environ 10 millions sur un an. Cette dynamique se poursuit en 2026, portée par la consommation de streaming sur tous les écrans. Le service public retrouve une audience massive, simplement en restant gratuit.
TF1+, lancé le 8 janvier 2024, poursuit son expansion en 2026 comme grande plateforme AVOD généraliste, affichant plus de 15 000 heures de programmes avec un catalogue orienté divertissement, séries populaires, fictions françaises. Avec 45,2 millions de visiteurs uniques en 2025, TF1+ s’impose comme l’un des moteurs de la consommation de streaming gratuit. Le géant privé aussi mise sur la publicité plutôt que l’abonnement.
Un changement de paradigme économique
Ce basculement n’est pas anodin. Le modèle repose sur l’AVOD : le service est gratuit, mais la monétisation passe par la publicité diffusée avant ou pendant les contenus. Un compte gratuit est requis pour accéder à l’ensemble de la plateforme, ce qui permet aussi de personnaliser l’expérience et de synchroniser les appareils. Pour les annonceurs, c’est une opportunité retrouvée : une audience massive, qualifiée, avec des données d’usage détaillées.
En réponse à la demande croissante des consommateurs, les plateformes investissent massivement dans des contenus originaux. En 2026, l’accent est mis sur la production locale pour attirer un public en quête d’authenticité. Les plateformes comme Netflix et Prime Video ont significativement augmenté leurs budgets pour des productions localisées, telles que des séries et des films ancrés dans la culture locale.
Les enjeux de la fragmentation
La plupart des utilisateurs jonglent avec plusieurs plateformes. Raisonnez en écosystème plutôt qu’en plateforme unique en associant par exemple un service FAST pour la TV en continu, une plateforme publique pour les documentaires et la création européenne, et un AVOD pour les films récents avec publicité. La vraie question n’est plus « quelle plateforme choisir ? » mais « comment combiner plusieurs services sans perdre la tête ni dépenser trop ? »
Voilà le paradoxe de 2026 : après dix ans de rêve de convergence autour d’un ou deux services majeurs, le consommateur français redécouvre la fragmentation. Non plus celle de la télévision linéaire des années 1990, mais celle, numériquement liquide, du streaming à géométrie variable. Chaque chaîne publique, chaque grande chaîne privée cherche maintenant sa niche gratuite et ses sources de revenus publicitaires plutôt que l’abonnement qu’elle ne peut arracher au consommateur.