Le 8 juillet dernier, France Télévisions a présenté les grands chantiers de l’audiovisuel public pour l’automne lors de sa conférence de rentrée. Loin du spectaculaire des grands mercatos d’animateurs, c’est une profonde refonte stratégique qui se dessine : le groupe accélère son basculement numérique en repositionnant entièrement son offre autour de cinq missions éditorielles plutôt que de chaînes historiques.
Cette réorganisation répond à une urgence. Le budget de programme national pour 2026 s’élève à 852 millions d’euros, soit une réduction de 225 millions depuis 2020. Dans ce contexte de compression budgétaire, le groupe public s’organise désormais par pôle d’activité autour de cinq missions : l’information, la création, le savoir, la jeunesse et la vie quotidienne. Depuis 2020, celui-ci était organisé par genre, et avant cela, par chaîne.
L’ambition affichée ? Devenir un média vraiment post-linéaire. Face à des usages de l’information en pleine mutation, France Télévisions accélère sa stratégie numérique, grâce à un accord inédit avec YouTube pour diffuser plus de 20 000 heures d’information. La stratégie est résolument streaming first, sans jamais renoncer à la puissance fédératrice des antennes.
Côté jeunesse, le groupe ne cache pas ses craintes. France Télévisions renforce son ambition auprès des moins de 30 ans avec une offre pensée « streaming first » autour de trois univers complémentaires : Okoo pour les enfants, Slash pour les jeunes adultes et une nouvelle offre multi-format dédiée aux 12-17 ans, avec de nouveaux formats : la fiction verticale, la new romance, l’e-sport, les programmes sur YouTube et Twitch ou encore les webtoons.
Ce virage numérique doit aussi relancer une chaîne d’information en continu affaiblie. La chaîne d’information en continu se classe depuis son lancement derrière ses consœurs, en part d’audience : BFMTV, LCI et CNews. « Nous ne sommes pas au rendez-vous. Nous n’avons pas réussi à opérer la bascule d’une partie des moyens et des équipes de la rédaction nationale », reconnaît Stéphane Sitbon-Gomez, directeur général adjoint en charge des offres et de la stratégie éditoriale.
Pour la première fois, France Télévisions se dote d’une direction de l’intelligence artificielle avec Encarna Marquez à sa tête, nommée directrice de l’IA et de la Data. Un symbole de cette mutation qui monte depuis plusieurs mois : selon les acteurs du secteur, l’IPTV, ou télévision par protocole Internet, s’impose désormais dans les foyers, portée par l’explosion des coûts d’accès au sport en direct et la généralisation des téléviseurs connectés.
L’enjeu dépasse le cadre interne. L’audiovisuel public est notamment la cible du « rapport Alloncle », rendu public le 7 mai dernier, qui pointe un audiovisuel en « crise » qui ne répond plus aux « attentes des Français ». Le document préconise 69 recommandations, dont des suppressions de chaîne comme France 4 ou des fusions comme celle de France 2 et France 5.
Face à ces critiques, le service public réaffirme sa promesse : s’adresser à tous les Français, pas à une France contre une autre, et il appartient aux Français. Mais cette déclaration d’intention suffit-elle quand, dans les foyers, l’hybridation linéaire et streaming devient la norme, avec 67 % des foyers utilisant désormais quotidiennement les deux modes de consommation ? La transformation de France Télévisions n’a que commencé.