Les chiffres publiés aux Rendez-vous d’Unifrance au Havre sonnent comme un aveu d’impuissance. L’exportation totale des programmes audiovisuels français, ventes, préventes et apports en coproduction confondus, s’établit à 282,7 millions d’euros en 2025, en recul de 28,1% par rapport au niveau record de 2024 qui atteignait 393 millions. Jamais depuis une décennie la France n’a enregistré un tel effondrement.
Le diagnostic du CNC et d’Unifrance pointe une cause structurelle, bien au-delà d’une mauvaise année commerciale : un contexte de « détérioration de l’environnement économique et de nombreuses incertitudes ». Mais derrière cette formule diplomatique se cache une réalité brutale pour les producteurs français.
La rationalisation des plateformes, nouvelle arme du repli
Le CNC et Unifrance expliquent cette baisse par la rationalisation des investissements des plateformes de streaming, qui misent désormais sur les productions locales. Netflix, Amazon Prime, Disney+ ont fait un choix stratégique simple : investir dans des contenus fabriqués à proximité des audiences visées plutôt que d’importer. C’est bon pour les budgets, mauvais pour la capacité de séduction française.
Les ventes directes s’effondrent sous ce poids. 164,3 millions d’euros de programmes français ont été vendus à l’étranger en 2025, soit 21,6% de moins qu’en 2024. Pire encore, les préventes, ces contrats signés avant la fin de production, dégringolent de 59,3%, tombant à 30,7 millions d’euros. Autrement dit, les acheteurs internationaux ne croient plus aux promesses françaises avant même de voir les produits finis.
L’animation et la fiction en déroute
Même les fers de lance français flanchent. L’animation française, secteur de fierté historique avec des titres mondialement reconnus comme Miraculous, subit de plein fouet la frilosité des acheteurs. L’animation reste bien présente sur les télévisions du monde, en particulier au Royaume-Uni et au Brésil, avec des titres comme Miraculous, Grizzly & Les Lemmings ou Pyjamasques, mais les nouveaux projets ne trouvent plus de preneur.
La fiction française, secteur majeur, dépérit aussi. En fiction, les séries « light crime » comme Meurtres à…, Candice Renoir ou Profilages restent plébiscitées, aux côtés de programmes comme Clèves ou Le Bureau des légendes, mais ces succès datés ne se renouvellent plus assez rapidement.
Le repli de la VàDA : la vraie panique des producteurs
Il y a un an à peine, les producteurs français espéraient compenser la faiblesse du linéaire traditionnel par une montée en puissance de la vidéo à la demande. C’est devenu un mirage. La part des droits non linéaires est en retrait à 34,8% des recettes en 2025, contre 40,9% en 2024, tandis que les droits TV constituent toujours la majorité des revenus à l’export avec 54,4% de part de marché. Les plateformes s’achètent entre elles, mais cherchent moins à l’extérieur.
Un seul rayon de lumière : la vidéo à la demande gratuite financée par la publicité (AVoD) représente 14,3% des ventes globales, en forte hausse par rapport à 2024 (9,6%). Mais cette montée en puissance de l’AVoD ne suffit cependant pas à compenser la baisse des revenus provenant des plateformes de VàDA.
France maintient sa troisième place mondiale en termes de diffusion de ses programmes, selon les données d’Unifrance. Mais le prestige de la position cache mal l’hémorragie financière. Avec 110 millions d’euros de revenus perdus en un an, c’est tout le modèle économique du secteur audiovisuel français qui vacille. Les chaînes publiques, déjà étouffées par les restrictions budgétaires, avaient tablé sur les rentrées d’export pour financer de nouveaux projets. Ce rêve s’est évanoui.