La machine s’enraye. Pour la troisième année d’affilée, le gouvernement brandit son couteau dans le budget de l’audiovisuel public français. Le budget de l’audiovisuel public connaît une baisse de 71 millions d’euros, ou 114 millions d’euros constants en tenant compte de l’inflation, un coup qui pèse massivement sur les trois piliers du secteur public.
France Télévisions absorbe l’essentiel du choc avec une réduction de 65 millions d’euros, soit 92 pour cent de la baisse totale, tandis que Radio France perd 4 millions d’euros et l’Ina environ 1 million d’euros. Le réseau se contracte progressivement, sans que le gouvernement ne propose d’alternative crédible. Depuis 2024, le constat est implacable : les engagements budgétaires pris en 2023 s’évaporent année après année.
Rupture avec l’engagement de 2023
Cette nouvelle coupe budgétaire pour la troisième année consécutive fait atteindre 3,878 milliards d’euros d’enveloppe publique, ce qui contrevient à la trajectoire inscrite dans les contrats d’objectifs et de moyens de 2023 qui aurait dû conduire la dotation des sociétés publiques à 4,175 milliards en 2026. L’écart se creuse : près de 300 millions d’euros séparent désormais les promesses de la réalité budgétaire. Une trahison à peine voilée des engagements pris vis-à-vis du service public audiovisuel.
Pire encore, cette nouvelle coupe budgétaire de 65 millions d’euros pour France Télévisions intervient dans un contexte critique pour l’audiovisuel public alors qu’un rapport de la Cour des comptes pointe l’impossible exercice budgétaire 2025 de la société publique et appelle à des investissements pour amplifier la transition numérique. Le moment choisi ne pourrait être plus mauvais : quand le secteur aurait besoin de moyens pour se transformer, il en est privé.
Quand le service public s’effondre
Ces réductions à répétition fragilisent la mission même que la loi confie à l’audiovisuel public. Avec un tel budget, l’audiovisuel public n’est plus en capacité d’assumer l’intégralité de ses missions de service public. Les conséquences concrètes se font déjà sentir : capacité réduite à produire des contenus originaux, investissements numériques au ralenti, ressources humaines ajustées à la baisse.
Pendant ce temps, les géants du streaming continuent de prospérer, inondant l’écran français de contenus à bas coût produits à l’étranger. L’ironie du dénouement est cruelle : en affaiblissant le secteur public, l’État le condamne à perdre de l’audience, ce qui justifie aux yeux des gouvernements futurs de réduire les budgets. Un cercle vicieux que ni les professionnels ni les téléspectateurs ne peuvent arrêter seuls.
La vraie question n’est plus « combien coûtera le secteur public », mais plutôt « quel audiovisuel la France entend-elle pour demain ». Jusqu’à présent, la réponse du gouvernement est sans équivoque : un audiovisuel public exsangue, réduit à l’impuissance, livré aux foudres du secteur privé et des plateformes étrangères.