Audiovisuel français en crise : les patrons dénoncent l’inaction gouvernementale

Actualité audiovisuelle

Les patrons de l’audiovisuel français ne supportent plus le silence des gouvernants. Au festival de La Rochelle, vendredi 18 septembre, les grands chefs des chaînes publiques et privées ont exprimé leur frustration face à ce qu’ils qualifient d’une « apathie incompréhensible » du gouvernement face aux défis du secteur.

France Télévisions et TF1 se trouvent en première ligne de ce combat. La présidente du groupe public, Delphine Ernotte Cunci, a questionné l’impact de la domination des plateformes de streaming étrangères sur les investissements français, tandis que le patron de TF1, Rodolphe Belmer, a averti que sans action, c’est la capacité de l’audiovisuel à produire une offre de divertissements et d’informations de qualité qui s’amenuiserait.

Les chiffres expliquent cette inquiétude. France Télévisions devra réduire ses investissements créatifs de 440 millions d’euros à environ 380 millions en 2027, soit une baisse drastique. Le groupe public subit une coupe budgétaire de 65,3 millions d’euros pour 2026, tandis que Radio France perd 4,1 millions et l’INA 1,5 million d’euros.

Des contenus français en danger

France Télévisions a déjà renoncé à une dizaine de fictions sur des thèmes de société et supprimé plusieurs séries policières, des contenus qui avaient bâti sa réputation auprès des téléspectateurs. Selon la directrice des programmes du groupe, ces réductions de commandes se feront sentir en 2028 à l’antenne.

Cette dégradation intervient dans un contexte de concurrence féroce. Netflix et Disney+, plateformes de streaming étrangères, concentrent les investissements massifs, une dynamique qui affaiblit les modèles économiques français. Après deux années consécutives de réductions, les crédits de l’audiovisuel public ont chuté de 71 millions d’euros pour 2026, atteignant 3,878 milliards d’euros.

Le cri d’alarme lancé à La Rochelle représente un tournant. Les acteurs du secteur, du public comme du privé, demandent au gouvernement de reconnaître l’urgence. Sans investissements significatifs et une véritable stratégie industrielle, c’est l’indépendance créative de la France face aux géants mondiaux du numérique qui risque de s’éroder davantage.