La restructuration de l’audiovisuel public français s’accélère. Au 1er janvier 2026, une nouvelle société holding baptisée « France Médias » a été créée pour regrouper l’ensemble des sociétés nationales de programme et affaires transversales. Cette réorganisation marque un changement de gouvernance majeur pour le secteur public audiovisuel français, opéré en parallèle d’une crise budgétaire sans précédent.
Centraliser pour gérer la pénurie
Le contexte de cette création est à la fois structurel et financier. Depuis la suppression de la redevance audiovisuelle en 2022, le financement de l’audiovisuel public repose sur une dotation annuelle de l’État, exposée aux aléas budgétaires et aux rapports de force politiques. En 2026, les subsides publics devraient être réduits de 71 millions d’euros sur une enveloppe globale d’environ 4 milliards, tandis que France Télévisions anticipe un déficit de 140 millions d’euros. Radio France doit dégager une quinzaine de millions d’euros d’économies.
Pour les autorités, le regroupement sous France Médias vise une meilleure mutualisation des ressources et une coordination accrue entre les entités. Cependant, les projets annuels de performance prévoient une diminution continue des crédits de l’audiovisuel public : 71 millions d’euros en 2026, 65 millions en 2027 et 44 millions en 2028. Cette trajectoire baissière soulève des questions sur les capacités réelles de la nouvelle holding à préserver l’indépendance éditoriale et la qualité de service.
Des missions menacées
Les sociétés de l’audiovisuel public atteignent aujourd’hui la limite de leurs capacités d’économie. France Télévisions a d’ailleurs annoncé au moins 3,5 millions d’euros de baisse d’investissements dans la production documentaire en 2026. Une nouvelle réduction des concours publics conduirait ces sociétés à renoncer à certaines missions de service public.
L’arrivée de France Médias intervient donc dans un contexte où chaque rigueur budgétaire supplémentaire fragilise davantage la capacité des chaînes et de la radio publiques à produire de l’information indépendante, des contenus culturels de qualité et des programmes destinés aux publics fragmentés. La nouvelle holding aura la responsabilité redoutable de préserver l’essence du service public tout en acceptant des ressources décroissantes, un équilibre périlleux que les mois à venir mettront à l’épreuve.