Nouvelles économies chez France Télévisions, « coups de boutoir » de YouTube sur la publicité: les patrons de l’audiovisuel ont déploré vendredi l’« apathie incompréhensible » des pouvoirs publics, s’inquiétant pour leurs capacités de création au festival de la fiction de La Rochelle. Le constat alarmant dressé lors des Grands débats du festival témoigne d’une crise structurelle au cœur de l’industrie audiovisuelle française. À la barre se tenaient les figures de proue du secteur : Delphine Ernotte Cunci, présidente de France Télévisions, et Rodolphe Belmer, patron de TF1, parlant au nom de LaFA, l’organisation sectorielle La Filière Audiovisuelle.
Le problème est brutal et sans détour. Les plateformes étrangères de streaming comme Netflix ou Disney+ sont en train de prendre le lead sur les investissements, tandis que l’État français reste silencieux. « Nos marges s’érodent, nos modèles économiques s’affaiblissent, et sans action, c’est notre capacité à produire une offre éditoriale à forte valeur ajoutée, d’informations et de divertissements, et à la faire rayonner, qui est menacée », a renchéri le patron du géant privé TF1.
Le budget français se rétrécit dangereusement
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Après avoir ramené de 440 à 400 millions d’euros ses investissements dans la création audiovisuelle, dont il est le poumon, France Télévisions pourrait diminuer l’enveloppe à 380 millions d’euros en 2027. Une réduction qui s’accompagne déjà de coupes sombres dans la production. Le groupe a déjà taillé dans ses commandes, en renonçant à une dizaine de fictions sur des thèmes de société et en supprimant plusieurs séries policières.
Ces décisions n’affecteront pas immédiatement le téléspectateur, mais le temps joue contre l’industrie. « Cela se sentira dans la profession parce qu’il y aura moins de mises en production. Le téléspectateur le verra à l’antenne en 2028 », a expliqué à l’AFP la directrice des programmes du groupe, Anne Holmes.
L’absence de régulation face aux géants du streaming
Ce qui cristallise la frustration des patrons français, c’est l’impuissance face aux géants du streaming. YouTube affaiblit la publicité digitale, Netflix et Disney+ engloutissent les audiences et les talents créatifs, tandis que le Gouvernement demeure passif. La question posée par Ernotte Cunci résume le malaise : les investissements massifs des plateformes étrangères dans le contenu n’auront-ils pas un impact sur la pensée française, sur sa capacité à raconter ses propres histoires ?
L’audiovisuel public et privé français, autrefois locomotives de la création européenne, se retrouvent en position d’assistance à un lent déclin. Sans intervention gouvernementale, les réductions de budgets s’enchaîneront, les talents émigreraient vers les majors américaines, et la singularité créative française s’érodera progressivement.
Le festival de La Rochelle n’a pas rassemblé les patrons pour un simple énième bilan. C’était un cri d’alarme lancé aux politiques : agissez avant qu’il ne soit trop tard. Que l’exécutif l’entende dépendra des mois qui viennent.