Budget 2027 : la tempête se rapproche pour l’audiovisuel français

Economie

À peine les échos de la rentrée audiovisuelle 2026 se sont-ils apaisés que le gouvernement annonce un coup dur aux finances du secteur. Le projet de loi de finances pour 2027, présenté le 1er octobre, réserve une douche froide aux acteurs français de la radio et de la télévision. Si Radio France, Arte, France Médias Monde et l’INA voient leur dotation préservée, le tableau s’assombrit sensiblement pour les géants de l’audiovisuel privé et public.

C’est France Télévisions qui paye le prix fort, avec un budget qui passe de 3,863 milliards d’euros en 2026 à 3,816 pour 2027. La baisse directe de 47 millions d’euros s’aggrave d’une réalité moins visible : avec l’érosion de ses recettes publicitaires, la perte réelle s’élève à 90 millions d’euros selon la présidente du groupe, Delphine Ernotte. Une hémorragie budgétaire qui intervient alors que le groupe public accumule les défis : maintenir la qualité de ses contenus, investir dans les nouveaux formats numériques, et rester compétitif face aux géants du streaming.

Mais les coupes budgétaires ne constituent que la première partie de la tempête. Le gouvernement supprime le taux réduit de TVA de 10 % appliqué à la télévision payante linéaire pour le relever à 20 %, assimilant Canal+ à Netflix et Disney+. Une décision de portée considérable qui frappe différemment les acteurs du secteur.

Pour Canal+, cette hausse représente un surcoût direct de 200 millions d’euros par an, qui risque de peser sur le financement du cinéma français. Or, le groupe de Vincent Bolloré assure un rôle de co-investisseur majeur pour la production hexagonale. Réduire ses capacités financières, c’est mettre en péril toute une chaîne de création cinématographique qui dépend pour partie de ces ressources. Plusieurs organisations du secteur, dont le BLOC, l’ARP et l’USPA, se sont alarmées des conséquences de cette hausse de TVA, qui, conjuguée à la saignée de l’audiovisuel public, sera dramatique.

Quand les choix budgétaires redessinent le paysage

Le PLF 2027 supprime également le programme dédié à la réforme de l’audiovisuel public. Un abandon symbolique qui traduit l’absence de vision stratégique d’ensemble. Pendant ce temps, les audiences reflètent une certaine fragmentation du marché. Avec 28,0 % de part d’audience, TF1 signe son record depuis mars 2025 pour l’ensemble de ses chaînes, tandis que le groupe M6 réalise sa meilleure rentrée depuis cinq ans. Un redécoupage des équilibres qui montre que le public continue de regarder, mais que les positions de chacun se déplacent.

Les professionnels du secteur observent cette accumulation de mesures avec une inquiétude croissante. Les coupes budgétaires combinées à la hausse de TVA dessinent un scénario problématique : France Télévisions affaiblie, Canal+ fragilisé, et une filière cinématographique dépendante des deux. À court terme, les audiences affichent une certaine stabilité. Mais à moyen terme, l’érosion des capacités d’investissement risque de se traduire par une baisse de qualité, une réduction de la prise de risque créatif, et une dépendance accrue aux formats éprouvés et peu coûteux.

Le gouvernement défend ces mesures comme nécessaires dans un contexte de rigueur budgétaire. Pour autant, elles questionnent l’ambition de maintenir une industrie audiovisuelle française dynamique et compétitive à l’heure où les géants numériques investissent sans relâche. Le secteur entame 2027 dans une atmosphère d’incertitude rarement vue depuis plusieurs années.