Quatre journalistes de Mediapart ont été pris à partie par des militants du Rassemblement national, samedi 24 octobre, lors du congrès du parti à Orléans, avant d’être évacués de force par le service d’ordre. Un événement qui ravive les craintes sur la capacité des médias d’investigation à exercer librement leur métier face aux partis politiques, même accueillis en France.
Quelques minutes avant l’entrée en scène de Marine Le Pen et Jordan Bardella, l’équipe de Mediapart a été prise à partie et huée par des militants avant d’être brièvement exfiltrée par le service de sécurité du RN. Le Département Protection Sécurité (DPS), service d’ordre du parti, est intervenu pour faire sortir les journalistes dans une évacuation particulièrement musclée, selon plusieurs vidéos diffusées sur les réseaux sociaux.
Heureusement, l’incident n’a pas eu le dernier mot. L’équipe de communication du parti est intervenue pour permettre aux reporters de regagner la salle, et des excuses leur ont été présentées, selon le fondateur de Mediapart, Edwy Plenel. Un geste diplomatique qui, cependant, n’efface pas le malaise profond d’une scène où les militants du parti ont d’abord considéré que la présence de ces journalistes était une menace.
Le média d’investigation dénonce des violences qui interviennent quelques semaines après ses révélations sur des écrits antisémites attribués à Jordan Bardella. Le contexte importe : Mediapart, depuis sa création, s’est distingué par des enquêtes qui mettent en lumière les zones d’ombre du pouvoir. Cette posture explique autant sa crédibilité auprès d’une part du public que l’hostilité dont elle fait parfois l’objet de la part de ceux qu’elle scrute.
Ce qui s’est passé à Orléans soulève une question fondamentale : une démocratie peut-elle fonctionner si les journalistes risquent d’être physiquement expulsés d’une conférence de presse politique majeure ? Le droit d’accès à l’information, pierre angulaire de nos sociétés modernes, dépend entièrement de la capacité des journalistes à se déplacer, à poser des questions, à témoigner. Quand une partie politique ferme ses portes ou chasse ses observateurs critiques, même temporairement, c’est l’équilibre démocratique qui se désagrège.
Les excuses ultérieures du RN montrent qu’il existe une conscience de la limite à ne pas dépasser publiquement. Mais elles ne suffisent pas à rassurer les professionnels des médias sur leur espace de travail. À quelques mois des enjeux électoraux majeurs, cette séquence à Orléans revêt une portée symbolique puissante : elle rappelle que le respect de la presse n’est jamais acquis et doit être constamment défendu.
Pour Mediapart, comme pour tous les médias, la question demeure : comment couvrir une formation politique hostile à sa présence sans risquer de nouvelles entraves ? La réponse ne viendra pas d’un parti seul, mais de la vigilance collective des professionnels et du public.