Audiovisuel français: les patrons sonnent l’alarme face au silence de l’État

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La plateforme de streaming Netflix encercle-t-elle vraiment le secteur audiovisuel français, ou est-ce du spectaculaire? À La Rochelle vendredi, les patrons de l’audiovisuel ont déploré l’apathie incompréhensible des pouvoirs publics, mettant au cœur du débat une question autrement plus concrète: comment produire du contenu de qualité quand les budgets fondent?

La présidente de France Télévisions, Delphine Ernotte Cunci, et le patron de TF1, Rodolphe Belmer, ont alerté sur l’érosion des marges et l’affaiblissement des modèles économiques, c’est dire le niveau de tension. Mais l’alarme ne reste pas verbale. France Télévisions pourrait diminuer son enveloppe d’investissements dans la création audiovisuelle à 380 millions d’euros en 2027, après l’avoir ramenée de 440 à 400 millions d’euros. Les chiffres parlent d’une constriction progressive, année après année.

Des mises en production qui disparaissent

Le problème, ce n’est pas juste des graphiques Excel. Le groupe a déjà taillé dans ses commandes, en renonçant à une dizaine de fictions sur des thèmes de société et en supprimant plusieurs séries policières. Ces décisions administratives se transforment immédiatement en absences à l’écran. Il y aura moins de mises en production, et le téléspectateur le verra à l’antenne en 2028, expliquait Anne Holmes, directrice des programmes.

Le timing de cette crise est savamment cruel. Tandis que France Télévisions recule, les plateformes étrangères de streaming comme Netflix ou Disney+ sont en train de prendre le lead sur les investissements. Cette dynamique n’est pas nouvelle pour qui suit l’audiovisuel, mais elle franchit une ligne rouge: ce n’est plus une question de compétition normale, c’est une question de capacité à survivre. Contrôle-t-on encore la création pour les téléspectateurs français, ou la cédons-nous simplement?

Des gouvernements muets

Ce qui sidère les professionnels, c’est le silence des décideurs. Rodolphe Belmer a dénoncé le risque pour la capacité à produire une offre éditoriale à forte valeur ajoutée d’informations et de divertissements, et à la faire rayonner. Les paroles ne demandent qu’une chose: une action politique. Or, rien ne vient.

France Télévisions demeure le principal financeur de la création audiovisuelle dans l’hexagone. Quand ses budgets chutent, c’est l’écosystème entier (productions indépendantes, réalisateurs, scénaristes, techniennes) qui subit les contrecoups. Au festival de La Rochelle, ce constat s’est exprimé sans détour. Les patrons du secteur ne supplient pas, ils avertissent. Le message est celui-ci: sans intervention gouvernementale, la création française se contracterait durablement.

La question dépasse les enjeux télévisuels. Elle touche à la capacité d’une nation à se raconter ses propres histoires, plutôt que de les recevoir uniquement de Silicon Valley ou de Los Gatos.